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L'édition du livre
L'édition du livre, est un sujet d'actualité, mais c'est aussi un sujet sacrément vaste... aussi vaste que l'industrie du livre.
J'avais eu entre les mains, il y a quelques temps, l'annuaire de l'édition qui donnait l'adresse de tous les éditeurs de livres significatifs (c'est à dire éditant plus de vingt titres par an). C'est le genre de pavé indispensable à l'auteur débutant (http://www.calcre.com pour le commander) mais qu'il ne faut pas se faire tomber sur le pied : il contient des centaines d'adresses, à raison d'une adresse par page. Et pourtant ce n'est qu'une goutte d'eau dans la mer ! Les éditeurs sont des milliers en France, tous types confondus (livres, revues, CDRom, BD...).
Essayant de côtoyer de près ce milieu, je suis allé il y a quelques temps au salon du livre de Paris (je vous en ai déjà parlé je crois). Que de stands !! Évidemment Hachette, Grasset et d'autres avaient des comptoirs gargantuesques, d'autant plus que trois éditeurs se partagent 80% du marché... Mais ça n'empêchait pas les petits d'être là par centaines. De là à dire que le nombre d'éditeurs est trop élevé pour un marché du livre en mauvaise santé, il n'y a qu'un pas.
Vous me direz : "Dis donc p'tit gars, t'as bon dos de parler comme ça, mais c'est pas toi qui en as encore ouvert une de maison d'édition associative y'a pas longtemps ?".
Je répondrai en deux points :
Premièrement, je ne permets à personne de m'appeler "p'tit gars". Deuxièmement, c'est vrai. J'avoue, je contribue à saturer le marché. Mais je l'ai fait pour lutter contre un état de fait particulièrement désagréable : de bons écrivains sont dans l'impossibilité d'éditer alors que Claire Chazal et Alain Minc sont édités à tour de bras. Ah ? Vous ne saviez pas ? Nous ne sommes pas égaux devant l'éditeur. En moyenne en France, cinq manuscrits sur mille sont retenus parmis les dizaines de milliers présentés. Quand on sait que Masure, Minc, PPDA, ou les nègres (1) de Paul-Loup Sulitzer sont publiés quoi qu'ils pondent, ça ne laisse pas grand chose pour les autres. Pour couronner le tout, sur cent romanciers débutants, il n'y en a pas 10% qui auront la chance de voir leur seconde oeuvre publiée.
Attention ! Ça ne veut pas dire qu'il n'y a aucune chance de voir son roman édité ! Si vous avez du talent et que vous affectionnez un genre à la mode, il n'y a pas de problème. Si vous avez une bonne idée mais pas le talent, et toujours dans un genre porteur, tout espoir n'est pas perdu.
Zut ! Il me manque une donnée pour vous poser un chouette problème d'arithmétique : sachant que vous êtes un auteur très honorable mais peu connu, sachant que vous n'avez pas de relations dans le milieu de l'édition, de la politique ou du showbiz et connaissant les statistiques, quelles sont vos chances de publier votre deuxième ouvrage ? On va répondre tout de même : très très faibles. Moins de la moitié des auteurs édités une première fois ont la chance de se faire éditer une deuxième. Si encore la sélection se faisait à la qualité, le seul problème de l'éditeur serait d'éviter les blessures à l'amour propre d'écrivains enthousiastes, mais nuls. C'est déjà un problème assez dur à gérer. Malheureusement, la sélection se faisant au succès commercial, le travail d'un éditeur normal est d'évincer, en plus des mauvais, des gens doués mais peu vendeurs qui n'auront ainsi jamais la chance de s'exprimer.
Je vous en parlerai une prochaine fois.
Maintenant, analysons un cas particulier un peu extrême, celui d'un poète. Handicap de taille, il affectionne un genre très peu porteur : il a quelque chose à dire et il utilise la poésie pour faire passer ses messages. Or on estime qu'un recueil de poésie s'est bien vendu quand on a réussi à écouler 300 exemplaires dans une année. Qu'en pense donc l'éditeur lambda ? "Oulà ! Je vais perdre de l'argent, là ! Je vais bosser pour 10% de rien !", voilà ce qu'il va en penser. C'est compréhensible, bien que moralement pas très propre. On imagine donc facilement l'amertume de notre charmante poétesse.
Bilan : tout comme Brassens en son temps et mon frère aujourd'hui, le poète est contraint de se rabattre sur la chanson. Si le poète en question est, comme Brel, amateur de musique tant mieux pour lui. Mais, Une supposition, qu'il ait, comme Malraux, Qu'il ait comme ce branque Goûté la musique pour moins que zéro... (2) alors là... pas de chance. Il ne lui reste plus qu'à s'expatrier en Corée, où la poésie est mieux lue.
Vous avez reçu un rapide panorama de l'édition française. Très rapide... Je me propose de vous donner quelques astuces et conseils pour vous aider à trouver (un peu) plus facilement un éditeur dans l'hexagone. En espérant que cela vous serve...
@+
Eolehttp://www.levillage.org/
(1) Nègre : quelqu'un qui est payé pour écrire à la place de quelqu'un d'autre.
(2) "Entre la rue Didot et la rue de Vanves", chanson de Brassens, malheureusement posthume.
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