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Motivation
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Durant des années, des gens m'ont souvent dit, "Super, vous êtes un écrivain. Cela doit astreindre à une discipline de fer. Jamais je ne serais capable de passer mon temps assis à écrire." Et pendant des années je n'ai pas eu de réponse. J'aurais pu dire quelque chose comme, "Euh, je ne sais pas, je présume que je dois le faire," et aussitôt, je commande une autre bière et change de sujet. À vrai dire, je n'ai pas la moindre idée de ce qui m'a poussé à écrire, m'a inspiré, m'y a amené... Une fois, j'ai pensé avoir mis le doigt dessus. J'avais vingt sept ans et je travaillais à la Librairie Borders. Tout d'abord, je voudrais rectifier une notion erronée ayant trait au travail dans une librairie: non, vous ne passez pas tout votre temps à lire, contrairement à ce que la plupart des gens pensent. En réalité, vous passez le plus clair de votre temps à ranger des livres sur des rayonnages, et on vous demande de ne pas lire. Ou, entre autres, vous passez votre temps à la caisse enregistreuse, à scanner livre après livre et en vous demandant comment vous avez pu en arriver là, avec un travail aussi nul et une paye aussi minable (6.25 dollars de l'heure à l'époque--; et c'était le tarif syndical). Lorsque vous n'êtes pas à la caisse enregistreuse, vous renseignez et aidez les gens qui vous demandent par exemple, "Je cherche un livre, c'est au sujet d'une femme. Je ne connais pas le titre, mais il a une couverture jaune." "Ah oui, il doit se trouver dans notre section des livres à couverture jaune, dans l'allée trois," répondez-vous. Hélas, non, lire est la dernière des choses au monde que vous faites dans une librairie. En fait, travailler dans une librairie c'est faire passer des livres, un des emplois le plus ennuyeux et le moins cerébral que je connaisse. Tout ce que vous avez réellement besoin de savoir c'est le classement par ordre alphabétique. Peu importe à quel point j'ai essayé de me prendre pour un Conseiller Littéraire, un vecteur de bon goût et de sensibilité, j'en suis venu au résultat que je gagnais en une année ce que mes amis gagnaient en un mois ; en travaillant autant d'heures, pas moins. Les choses ont empiré du fait que, en plus, je devais publier ou vendre quelque chose, et je commençais à me demander ce que j'allais faire de ma vie (question que je me pose encore alors que je suis un écrivain publié.) Une fois par jour, une de mes amis de Borders, qui aspirait elle aussi à devenir écrivain et suivait un programme de maîtrise en écriture créative à l'Université de Boston, m'a demandé comment je pouvais m'asseoir chaque jour après mon travail, et écrire."Tout ce que j'ai envie faire quand je rentre à la maison, c'est allumer la télévision, et décapsuler une bière," m'a-t-elle dit. "Je n'ai aucune énergie pour écrire. Comment parvenez-vous à vous motiver?" Ça, c'était facile. J'ai jeté un coup d'oeil sur les profondeurs insondables de la librairie et lui ai répliqué, "Regardez autour de vous. J'ai vingt six ans; j'ai un diplôme universitaire--; vous croyez que j'ai l'intention de travailler ici pour le restant de ma vie? C'est toute la motivation dont j'ai besoin." Et c'est avec cette conviction que j'ai travaillé les deux années suivantes, quand bien même j'avais publié ma première histoire, terminé un atelier d'écriture en Iowa (plus de détails à ce sujet dans un autre article), publié mon premier livre, obtenu quelques bonnes critiques, et déménagé à New York, avec la certitude que tout le reste serait juteux. Et bien, cela n'a pas été juteux. Misère, il n'y avait même aucun jus . Au cours de mes trois premières semaines à New York, j'ai vécu dans un asile de nuit en compagnie d'alcooliques et de drogués, avec échanges de coups de feu épisodiques, pendant que je décrochais un emploi temporaire dans un cabinet d'avocats. J'ai finalement déménagé dans un appartement avec un co-locataire dont j'ai fait la connaissance par l'intermédiaire d'un site online, et j'ai converti mon travail temporaire en travail à plein temps, histoire de subvenir à mes besoins tout en écrivant mon roman. Lorsque je suis venu à bout de mon roman, je me suis dit que tout allait devenir juteux--; j'allais nager dans le cash; les nanas se bousculeraient au portillon. Je rêvais en couleurs. Ça ne s'est pas produit non plus. Ce qui s'est passé, c'est que j'ai terminé mon roman. Ce qui s'est passé aussi, c'est que mon agent et mon éditeur ne l'ont pas aimé. Quatre années de travail, et il ne l'aimaient pas. Rien n'était juteux: je travaillais toujours au cabinet d'avocat; j'avais toujours un co-locataire que je ne pouvais pas sentir; je gagnais toujours moins que mes amis, et maintenant, pour couronner le tout, je n'avais pas d'avenir. Et ce n'était pas le fait que mon agent et mon éditeur avaient raison et que j'avais tort. C'était simplement une divergence de vue ; mais après tant d'années et d'efforts investis, je n'avais plus l'énergie de me bagarrer avec eux et de leur dire que j'avais mis mon roman sur la glace, et il s'y trouve encore. En sommeil. Et n'ayant rien d'autre à faire, je me suis tourné vers le cinéma. Et c'est en me tournant vers le cinéma (et non seulement en écrivant, mais aussi en dirigeant et en produisant), que j'ai finalement découvert la raison qui me pousse à écrire, ou, plus précisément, pourquoi je ressens le besoin de créer et de produire: parce que je m'ennuie. Je m'ennuie facilement, ça se réduit à cela. Rien de plus. Aussi simple que cela. Je m'ennuie, et quand je m'ennuie je préfère m'asseoir devant mon ordinateur et inventer quelque chose, ou décrocher le téléphone et provoquer quelque chose, plutôt que d'allumer la télévision. Misère, même ce soir, pendant que j'écris cet article, alors que j'avais l'intention de regarder un film, j'ai vu cet e-mail me demandant quand mon prochain article serait prêt à paraitre, et tout à coup, me voici. En train d'écrire. J'écris parce que c'est plus satisfaisant que n'importe laquelle des autres options qui me sont offertes en cet instant, et qui tuera le temps--; adieu, l'ennui. Maintenant, si vous me demandez ce qui m'inspire, et bien, je commanderai probablement une autre bière et je changerai de sujet. Mais si vous me coincez et me forcez à vous dire d'où provient mon inspiration à écrire, la réponse honnête serait qu'elle vient d'un gigantesque trou vide d'ennui qui m'habite et a besoin d'être comblé continuellement. Ah oui, il y a cela, et aussi la conviction que si j'écris juste un mot de plus, une histoire de plus, un scénario de plus, tout le reste sera juteux; je nagerai dans le cash, et les nanas se bousculeront au portillon. Article de: Brian Fleming: Brian-F@WriteMovies.com Traduit par Gabrielle Drivet: gdrivet@hotmail.com |
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