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Travailler à Hollywood

Alex Ross a accordé cet interview à C.T. Atherton via e-mail.

CA: Quand vous étiez un petit garçon, que vouliez-vous devenir lorsque vous seriez grand ?

AR: Un auteur. J'écris encore autant que je le peux, toutefois, comme un nombre incalculable d'autres auteurs, je tente toujours de comprendre cette énigme qui permet à tant de mauvais auteurs d'être publiés/et mis en production, alors que tant de bons ne le sont pas...

CA: Vous souvenez-vous de votre première journée de travail dans la branche scénario de la MGM ? Voulez-vous nous faire partager quelques unes de vos impressions ? Étiez-vous terrifié, comme beaucoup d'entre nous le sont, lorsque nous abordons un nouveau travail ? Étiez-vous fasciné par le passé et la mythologie auréolant le studio tout-puissant, qui a produit autrefois "The Wizard of Oz, Gone With The Wind, et Ben-Hur ?" Qu'avez-vous appris dès le début? À cette époque, imaginiez-vous le chemin que vous avez parcouru depuis?

AR: J'étais impressionné par le passé du studio, mais j'avoue qu'il était plutôt en perte de vitesse quand j'y ai travaillé. Il résidait dans un bureau de location guère impressionnant, au centre de L.A., et le moral était bas au cœur des troupes. Les autres collègues connaissaient réellement leur boulot, mais pour une raison ou une autre, les cadres ne donnaient le feu vert qu'à des comédies vraiment bêtes. Honnêtement, cela n'avait plus le charme d'un vrai studio. C’est autre chose de se balader chez Twentieth Century Fox le soir, là vous pouvez sentir la présence d'une ancienne vedette cachée, à chaque tournant.

CA: Quelles sont les responsabilités d'un manager à Los Angeles ? D'un analyste de scénario ? D'un agent littéraire ? En quoi sont-elles différentes ou identiques? Quel rôle préfériez-vous ?

AR: J'ai débuté en tant qu'agent. C'était tout à fait comme vendre des voitures. Vous vendiez rapidement le travail d'un auteur, ou vous l'éliminiez. C'est la raison pour laquelle j'ai choisi de devenir manager. Les managers assument une perspective à long terme. Par exemple, quand j'ai découvert Andrew Niccol, j'ai dû travailler avec lui pendant neuf mois afin d'améliorer son premier scénario. Aucun agent n'aurait fait cela. C'était intéressant d'être analyste de scénario, mais vous finissiez par en savoir plus sur l'écriture que les gens qui vous engagent, et le salaire est ridicule. L'autre raison était ma difficulté à mentir. Une fois, j'ai perdu un travail parce que j’avais été incapable de réécrire une analyse à propos d'un très mauvais scénario soumis par l'ami d'un producteur. Quelle perte de temps!

CA: Jusqu’à présent, tout au long de votre carrière, avez-vous eu le sentiment d'avoir été choisi pour tenir un rôle dans le film "Swimming with Sharks", ou plutôt dans le film "A Star is Born" ?

AR: Dans aucun des films réalisés sur le business (y compris "The Player"), rien n'a jamais vraiment illustré la manière véritable dont on vous démolit psychologiquement, au point que vous ne voulez plus sortir du lit le matin. Comment des personnes que vous avez soutenues et dont vous avez assuré la survie financière durant des années, vous poignardent brusquement dans le dos, comment les membres d'une famille qui se volent des projets entre eux, comment des gens que vous avez reçus à dîner, s'empressent de vous piquer un de vos clients avant même d'être rentrés chez eux. Comment certaines des plus grandes vedettes sont des gens vraiment répugnants.

Tout bien considéré, il s'agit de la passion du business que tant d'autres ne partagent pas. 65% des gens qui ont débuté au même temps que moi ont quitté le métier !

CA: J'ai lu sur votre site que vous parlez l'anglais et l'allemand. Quelle autre formation avez-vous reçue qui vous a aidé à travailler dans le business du cinéma ?

AR: J’ai fait une école de cinéma à Londres, puis j'ai travaillé pour une entreprise qui gérait des cinémas, pour Merchant/Ivory, la Jim Henson Co., à la MGM, pour Sally Field et Dick Clark, en développement, en tant qu'agent, etc.. mais la meilleure formation a été de travailler en tant qu'analyste de scénario, et de lire des centaines de scénarios (pour la plupart mauvais).

CA: Le succès, à Hollywood, doit impliquer un immense courage, de la confiance en soi, et l'aptitude à prendre de nombreux risques. N'avez-vous jamais eu des doutes au long de votre carrière ? Quel est votre talon d'Achille ?

AR: On doute de soi-même chaque jour. Mais je ne voudrais rien faire d'autre. Vous acquérez plus d'expérience, vous devenez moins vulnérable et vous devenez un survivant. La vie devient plus facile.

Mon talon d'Achille ? Je crois au gens trop facilement. J'aime faire confiance aux gens et inspirer confiance. Cela m'a coûté une fortune !

CA: De nombreux auteurs d'un certain âge se sentent intimidés par la limite d'âge présumée à Hollywood. Sur le Net, le bruit court que vous devez avoir en-moins de 25 ans pour être un auteur pris au sérieux dans ce milieu. Y a-t-il quelque chose de vrai dans cette rumeur ?

AR: Malheureusement, oui. Cela m'irrite vraiment ! On doit avoir éprouvé la vie pour écrire. J'ai travaillé avec des octogénaires (un vétéran de la guerre Civile espagnole--ce que cet homme avait vu...) Un cadre ou un producteur sérieux, quelqu'un avec qui vous voulez travailler, devrait être attiré par la qualité de l'écriture. S'il ou elle vous élimine à cause de votre âge, c’est une bonne indication qu’il y aura d'autres problèmes. Trouvez quelqu'un d'autre.

CA: Et à propos de la localisation ? Compte tenu de l'avènement du télétravail, un auteur doit-il encore vivre dans la région d'Hollywood afin de voir son travail converti en film ? Mettre une œuvre en ligne sur le Net est-il devenu une méthode viable pour vendre un scénario, ou mieux vaut-il décrocher le téléphone, ou engager un agent ?

AR: Franchement, je suis très méfiant à l'égard de toutes ces entités présentes sur le Net. Comment protéger son travail ? Et quel producteur compétent a réellement le temps de surfer pour trouver un projet ? Ils n’ont même pas le temps de lire le matériel qui leur est envoyé par les grandes agences. Il y a sans doute un avantage à vivre à L.A., ou à New York, vous ne savez jamais sur qui vous pouvez tomber, et les gens préfèrent représenter quelqu'un qu'ils peuvent convoquer rapidement à une réunion. En même temps, une fois que vous avez vendu un projet, vous pouvez vivre n'importe où, montrez-vous juste de temps en temps.

CA: Jusqu'à quel point un auteur conserve-t-il le contrôle sur un scénario une fois qu'il est retenu ? Que ce passe-t-il lorsqu'un roman est transformé en scénario par quelqu'un d'autre ?

AR: Je suppose que c'est la raison pour laquelle les studios dépensent tant d'argent. Quand vous leurs vendez votre histoire ou qu'elle est retenue, ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Oui, vous pouvez retirer votre nom du générique du film, mais c'est rendre service à qui ? Avoir un bon agent ou un avocat fait une grande différence. Premièrement en recherchant l'expérience professionnelle du producteur, deuxièmement, en négociant un bon contrat. Par cela, je veux dire obtenir des clauses qui vous garantissent une mention au générique à un emplacement spécifique. Une de mes clauses favorites : demander le titre sur écran supplémentaire: "histoire écrite par:" + 100.000 dollars, si un autre auteur est désigné. Cela les fera réfléchir.

CA: La plupart des logiciels pour scénarios sont coûteux, et il y en a tant de disponibles qu'il est difficile de savoir lesquels acheter. Personnellement, avez-vous des préférences ? Un auteur débutant devrait-il faire cet investissement ?

AR: A vrai dire, j'en ai rarement utilisé. J’aime bien Final Draft, ils viennent de lancer une version française.

CA: Beaucoup d'auteurs s'inquiètent au sujet des violations de droits d'auteurs. Pouvez-vous nous donner quelques lignes directrices sur la manière dont les professionnels protègent leur travail ?

AR: Comme tout le monde: la WGA (le syndicat des auteurs),(WritersGuild.com) + la Library of Congress. Et plus important encore, conservez des preuves écrites indiquant à qui votre scénario a été envoyé, à quelle personne vous en avez parlé, à quelles dates, gardez même tous vos vieux brouillons et ébauches de vos histoires. Ces nouvelles entités on-line prétendent faire mieux, mais jusqu'à présent, elles ne m'ont pas convaincu. Ils n'ont pas été testés lors d’un procès devant les tribunaux.

CA: Vos sites, WriteMovies.com et aTalentScout.com, déclarent qu'ils s'adressent "aux besoins de nouvelles voix voulant avoir un effet sur l'industrie du cinéma en tant que scénaristes, directeurs, romanciers, dramaturges, auteurs de nouvelles et journalistes." Que voulez-vous faire, pour aider et encourager, de nouvelles voix ?

AR: Beaucoup de choses, (nous écoutons toujours les nouvelles suggestions), en offrant des informations constamment mises à jour, un forum de discussion, un tableau de messages, en offrant des séries de concours dirigés par des gens qui connaissent vraiment leur boulot, en choisissant le meilleur talent et en le soumettant aux studios, compagnies de production et maisons d'édition, ici et en France . Il existe trop de concours qui n'apportent rien aux gagnants. Et par dessus tout, nous espérons aider et encourager de nouvelles voix en leur disant la vérité. Il y a de nombreux sites qui vous diront n'importe quoi pour vous soutirer de l'argent. Nous avons refusé des gens pour notre concours.

CA: Vous êtes l'agent qui a découvert Andrew Niccol qui a écrit et produit "The Truman Show" et dirigé "Bienvenue à Gattaca". Qu'y avait-il dans le travail de cet auteur qui vous a attiré immédiatement?

AR: En fait, j'étais son manager. Il y avait un certain mystère dans son écriture. Le dialogue etc. n'était pas aussi attirant que celui de Shane Black; il était honnête. Le trait marquant consistait dans les questions qu'il posait, très conceptuelles. Niccol n'est pas l'auteur le plus doué que j'ai trouvé, mais c'était le travailleur le plus acharné et déterminé. J'ai dû lui faire subir au moins 35-40 réécritures jusqu'à ce que le scénario fonctionne, et il ne s'est jamais plaint, il s'y est tenu, et cela a porté ses fruits.

CA: L'industrie du cinéma a toujours évolué avec la plus récente technologie: depuis les films muets aux parlants, aux inventions du Technicolor® et de l'écran géant, et plus récemment l'ordinateur a contribué aux effets spéciaux. Comment prévoyez-vous le changement qu'apporte l'Internet à l'industrie du cinéma ?

AR: Un jour nous serons capables de voir des films sur le Net, mais l'endroit pour les voir demeurera toujours le grand écran. Les gens aiment aller dans les salles de cinéma, c'est une expérience sociale. Autrement, les nouveaux logiciels et le réseau aident et facilitent le processus de réalisation d'un film, en particulier la post-production. Mais cela affectera-t-il la manière dont les histoires sont racontées ? J’en doute.

CA: De nombreux nouveaux auteurs qui mélangent leur genre d'écriture ont abandonné les éditeurs traditionnels et se sont tournés vers la e-publication pour faire connaître leur travail. D'après votre expérience, la plupart des sociétés de production de films préfèrent-elles explorer ces nouvelles méthodes, ou utiliser les procédés traditionnels ?

AR: Il y a deux types de sociétés de production, celles qui font des films et gagnent de l'argent, et celles qui essayent de le faire. Les téléphones des premières ne cessent pas de sonner, ceux des autres sont muets. Vous risquez de trouver les seconds en surfant sur le Net, demandant des options gratuites, des réécritures gratuites, etc. Dieu bénisse tout ceux qui peuvent réaliser un film, mails il y en beaucoup qui vous ferons perdre votre temps.

Il y a plusieurs années, j'ai déjeuné avec Diane Cairns qui était cadre supérieur à l’agence ICM, une femme merveilleuse avec beaucoup de goût. Deux de ses auteurs étaient nominés aux Oscars cette année-là. Savez-vous ce qu'elle m'a dit ? "Tout film réalisé dans cette ville est un petit miracle". Ceci provenant d'un cadre supérieur d’une des plus grandes agences du monde.

CA: Vous avez été interviewé à la télévision par la chaîne NBC, et les médias ont couvert votre carrière. Quelle question auriez-vous aimé que l'on vous pose au cours d'un interview, mais ne l'a jamais été ? C'est le moment.

AR: On m'a posé de nombreuses bonnes questions; reste à savoir ce que la presse ou le réseau en font. La première fois que vous voyez vos réponses totalement déformées, c'est une expérience que vous n'oubliez pas.

Je suppose que c'est la question "pourquoi ?", "Ça vaut la peine ? Tout simplement: "Oui". Cette petite pépite d'or, qui fera rire, pleurer, tomber amoureux… des millions de spectateurs, et peut-être même défier le status quo.

CA: Si vous aviez un petit conseil pour les auteurs, quel serait-il ?

AR: N'écrivez pas pour l'argent ou la gloire. Faites-le parce que vous avez quelque chose à dire. Ne refusez jamais une proposition de travail sauf si elle paraît louche. Laissez tomber votre ego ! Prenez l'argent, faites réaliser votre premier projet, impressionnez tout le monde avec votre talent et vous réussirez.

 Copyright © by C. T. Atherton 2001

Cathy Atherton a fondé One Woman's Writing Retreat en 1996 afin de créer un réseau destiné aux auteurs à toutes les phases de leurs carrières.

Traduit par Gabrielle Drivet.gdrivet@hotmail.com